Un père de Scarborough placé en détention par l’ICE pour la deuxième fois. Sa famille est dévastée.

Editor’s note: This story was first published in English and translated by Salomé Cloteaux.
SCARBOROUGH — Ivana, âgée de six ans, appréhende la rentrée scolaire.
Bien qu’elle adore les mathématiques, elle est inquiète à l’idée d’apprendre les additions et les soustractions de nombres de quatre chiffres en classe de CE1.
De plus, elle fait sans cesse des cauchemars dans lesquels des agents de l’immigration viennent l’arrêter.
« Ma famille et moi étions séparées et envoyées dans des prisons différentes, comme celle où se trouve papa », a-t-elle raconté jeudi.
Tout a commencé lorsque son père, Jonas Manywa, un immigrant de 42 ans originaire de la République démocratique du Congo, a été placé en détention dans le centre de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Scarborough.
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Cela fait 20 jours qu’Ivana et sa petite sœur Eliana, âgée de 3 ans, ne l’ont pas vu — la dernière fois, il était menotté alors qu’un agent de l’ICE fermait la porte d’un bureau.
Elles pleuraient et tentaient de se frayer un chemin dans la pièce où il était retenu après avoir été arrêté lors d’un contrôle de routine.
« Je veux papa », criait Eliana en essayant d’ouvrir la porte, a raconté sa mère, Alaise Seguro, lors d’une interview en français quelques semaines plus tard. « Papa est à l’intérieur. Je veux papa. »
Jonas Manywa in June 2025, in Portland. (Photo courtesy of Alaise Seguro)
Eliana a été arrachée des bras de son père alors qu’elle s’agrippait à son cou. Manywa n’a pas eu l’occasion de lui dire au revoir ni de conduire Ivana à l’école pour sa rentrée lundi.
Manywa a été transféré le jour même au Plymouth County Correctional Facility, un centre de détention de l’ICE dans le Massachusetts. Selon des documents judiciaires, un juge a donné à l’ICE jusqu’à vendredi pour prouver que l’agence a respecté la réglementation et que Manywa ne doit pas être libéré immédiatement.
Si le juge conclut que son arrestation était injustifiée, Manywa pourrait rentrer chez lui, à moins qu’il ne soit expulsé vers le Cameroun — un pays où il n’est jamais allé — et où il craint d’être abattu dès son arrivée à l’aéroport.
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Manywa n’est pas la première personne à être placée en détention lors d’un contrôle de routine lié à l’immigration au centre de l’ICE à Scarborough. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il est ainsi détenu.
Il a été maintenu en détention pendant sept mois à la suite d’une inculpation pour conduite sous l’influence d’alcool. Au cours de l’année et demie qui a suivi, il a coopéré en se présentant régulièrement aux autorités et était en train de déposer une demande d’asile. Puis, l’ICE l’a arrêté à nouveau, sans préavis.
Il se rendra là où l’ICE décidera de l’expulser, a-t-il déclaré, à condition que cela ne l’expose pas aux violences ou à la mort qu’il a fuies en venant aux États-Unis. Il souhaite obtenir un « fear interview » pour avoir l’occasion d’expliquer qu’il pourrait également être confronté à la violence au Cameroun.
« On va me tuer même avant que j’arrive », a-t-il déclaré en français lors d’un récent entretien téléphonique depuis le centre de détention.
LE PROCESSUS
Il y a quelques années, un juge a statué que Manywa remplissait les critères pour « withholding of removal » (la suspension de l’ordre d’expulsion), un statut souvent accordé aux demandeurs d’asile ayant un casier judiciaire pour des infractions non violentes.
Sous les administrations présidentielles précédentes, les personnes bénéficiant de ce statut étaient autorisées à séjourner aux États-Unis pour une durée indéterminée, car elles ne pouvaient être expulsées vers leur pays d’origine. Toutefois, l’administration Trump a modifié cette politique pour envisager l’expulsion de ces personnes vers un pays tiers dont le gouvernement accepterait de les accueillir.
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Les porte-parole de l’ICE et du département de la sécurité intérieure (DHS) n’ont pas répondu à une demande d’informations concernant le cas de Manywa, notamment sur les motifs de sa détention.
Manywa a retenu les services d’une avocate, Amelia Lynn Ritenour, qui a refusé de commenter son dossier.
La présence de l’ICE s’est intensifiée dans le Maine au début de l’année, lorsque plus de 200 personnes ont été arrêtées en moins d’une semaine dans le cadre d’une opération baptisée « Catch of the Day » (Prise du jour) par l’ICE, avec pour objectif affiché de placer 1 400 personnes en détention dans l’état.
L’ICE a maintenu sa présence sur place. En juin, des défenseurs des droits des immigrés ont fait état d’une augmentation du nombre d’appels reçus sur une ligne d’assistance téléphonique, ainsi que d’une hausse constante des signalements de détentions.
Le nombre exact de personnes placées en détention par l’ICE dans le Maine à ce jour n’est pas connu. Les porte-parole de l’agence n’ont pas répondu dans l’immédiat, lundi, aux questions visant à obtenir ce chiffre.
Au cours de l’année écoulée, l’ICE a augmenté le nombre de ses agents dans le Maine de 44 %, et des personnes ont continué d’être interpellées par des agents fédéraux dans la rue, sur leur lieu de travail ou à leur domicile. En juillet, à Biddeford, un agent de l’ICE récemment recruté a abattu Johan Sebastián Durán Guerrero ; ce dernier n’avait aucun antécédent judiciaire et n’était pas la cible visée par les agents.
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Alaise Seguro and her children Ivana, 6, Eliana, 3 , and 9-month-old Jaya at their home in Scarborough on Thursday, August 20, 2026. Seguro’s husband and father of her children Jonas Manywa was taken at the ICE facility in Scarborough earlier this month while there for a routine appointment with his two older daughters. (Brianna Soukup/Staff Photographer)
Manywa et sa famille sont des Banyamulenge, un groupe ethnique minoritaire tutsi originaire principalement de la province du Sud-Kivu.
Des milliers de civils ont été tués et des centaines de villages détruits en République démocratique du Congo lors d’une vague de violence débutée en 2017. Des milices locales, rejointes par des groupes rebelles burundais bénéficiant du soutien du Rwanda, ont juré d’expulser ou d’éliminer ce groupe ethnique, selon un article de The Conversation.
Manywa a dénoncé ces violences sur les réseaux sociaux et dans la presse. Il a raconté avoir été arrêté et enlevé à plusieurs reprises, et a expliqué que lui et sa famille recevaient quotidiennement des menaces de mort.
Ils ont fui vers les États-Unis en 2022 après avoir obtenu un visa pour faire soigner le rein gauche d’Ivana. La famille de trois personnes a alors entamé une procédure de demande d’asile ; les deux plus jeunes filles de Manywa sont nées aux États-Unis, acquérant ainsi la citoyenneté américaine. Le dossier de Manywa a été dissocié de ceux de son épouse et d’Ivana, qui sont toujours en attente de l’asile.
« Au moins, je peux vivre », s’est dit Manywa en s’installant aux États-Unis. « Au moins, mes enfants vivront. »
UNE FAMILLE SÉPARÉE
Quelques semaines après l’arrestation de son père, Ivana tient un petit bloc de bois jaune dans le creux de sa main, assise sur un canapé en cuir dans le salon faiblement éclairé. Sa petite sœur suit chacun de ses mouvements.
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« Bippity boppity boop », dit Ivana en faisant disparaître le bloc : elle le glisse prestement entre son épaule et le coussin du canapé. Ivana feint l’étonnement. Eliana glousse.
« Magique », dit Ivana.
Leur mère, Alaise Seguro, sanglote à leurs côtés, attrapant ses cheveux alors qu’elle laisse retomber sa tête dans ses mains.
Alaise Seguro with her two eldest children Ivana, 6, Eliana, 3, at their home in Scarborough on Thursday, August 20, 2026. Seguro’s husband and father of her children Jonas Manywa was taken at the ICE facility in Scarborough earlier this month while there for a routine appointment with his two older daughters. (Brianna Soukup/Staff Photographer)
Le téléphone de Seguro est posé sur l’accoudoir du canapé ; la voix de son mari résonne via le haut-parleur.
Ils ont l’habitude de tout faire ensemble, même donner le bain aux enfants.
Désormais, il appelle plusieurs fois par jour : le matin vers 9 h 30, l’après-midi à 13 h et à 15 h, et le soir vers 20 h ; une voix automatisée annonce d’abord qu’une personne incarcérée tente de passer un appel.
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Manywa peut converser par tranches de 30 minutes, parfois jusqu’à une heure, tout en écoutant les enfants jouer en arrière-plan et en prenant des nouvelles auprès de sa femme. Le soir, il chante pour les filles et leur raconte des histoires sur ses aventures.
Une voix automatisée signale la fin de chaque appel.
UN CONTRÔLE DE ROUTINE
Le 5 août, Manywa s’est rendu en voiture au centre de l’ICE à Scarborough, avec Ivana et Eliana sur la banquette arrière, pour un contrôle de routine auprès des services d’immigration. D’ordinaire, la procédure ne prend que quelques minutes : il présente sa pièce d’identité et peut repartir. Il n’avait jamais rencontré de problème auparavant.
Mais ce jour-là, on ne lui a pas demandé sa pièce d’identité. Au lieu de cela, un agent lui a demandé pourquoi ses enfants étaient présents. Il les emmène partout avec lui, y compris pour faire les courses.
Les agents lui ont dit d’appeler sa femme pour qu’elle vienne récupérer les enfants. C’est alors qu’il a compris que quelque chose n’allait pas.
Seguro se trouvait à l’hôpital avec « baby Jaya », leur fille de neuf mois.
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Alaise Seguro holds her youngest daughter 9-month-old Jaya down the stairs at their home in Scarborough on Thursday, August 20, 2026. Seguro’s husband and father of her children Jonas Manywa was taken at the ICE facility in Scarborough earlier this month while there for a routine appointment with his two older daughters. (Brianna Soukup/Staff Photographer)
L’agent ne lui a pas laissé assez de temps pour expliquer la situation, a-t-il raconté — sans qu’il ait d’ailleurs la moindre réponse à apporter. Ils n’arrêtaient pas de demander pourquoi elle mettait autant de temps. « Je crois qu’ils vont m’arrêter », se souvenait-il avoir dit à sa femme au téléphone.
Manywa a été retenu dans une pièce séparée de ses enfants. Il a raconté avoir proposé de rentrer chez lui en voiture avec les agents de l’ICE afin que ses enfants n’aient pas à assister à son arrestation. Mais les agents lui ont passé les menottes sous leurs yeux.
Par la suite, Seguro et ses trois enfants ont attendu trente minutes sur le parking, à l’extérieur. Elle pleurait. Elle avait les clés de la voiture de son mari, mais a expliqué qu’elle ne possédait ni permis de conduire ni autorisation de conduire. Manywa était le principal soutien financier de la famille grâce à son emploi d’aide-soignant au Maine Veterans’ Homes de Scarborough. Comment allaient-ils s’en sortir sans lui ?
Des manifestants, qui se rassemblent régulièrement devant le centre de l’ICE, ont raccompagné Seguro et ses enfants chez eux. Des membres de la communauté rendent visite à la famille pour leur proposer de l’aide et leur faire des dons. Serugo a expliqué qu’une église locale les aidait à payer leur loyer.
Mais ils ne peuvent pas leur fournir tout ce dont la famille a besoin, a déclaré Seguro.
« Avec les enfants et le bébé, c’est très difficile », a-t-elle dit.
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Eliana fait des cauchemars à propos de l’arrestation chaque nuit, a raconté sa mère. « Elle a été traumatisée par les actions qu’elle a vues devant elle », a déclaré Manywa.
DÉTENU UNE SECONDE FOIS
Ivana a demandé à sa mère si son père allait partir pour une longue période, comme la dernière fois.
Manywa a raconté qu’il avait reconnu le Plymouth County Correctional Facility lorsqu’il y a été conduit, menottes aux poignets et aux chevilles, il y a trois semaines. Il y était déjà allé un peu plus d’un an et demi auparavant.
En 2024, la police a arrêté Manywa pour conduite sous l’influence d’alcool. Il a affirmé qu’il ignorait quel était le taux d’alcoolémie légal aux États-Unis. Il n’avait par ailleurs provoqué aucun accident.
À la fin du mois de juillet de cette même année, des agents de l’ICE l’ont arrêté alors qu’il se rendait en voiture au magasin Hannaford pour acheter du lait pour les enfants. Ils ont dit qu’il se trouvait illégalement dans le pays et n’ont pas voulu l’écouter lorsqu’il a tenté d’expliquer qu’il possédait un numéro de sécurité sociale ainsi qu’un permis de travail.
Il a passé cinq jours à Cumberland County Jail, quelques mois dans le Rhode Island et encore quelques mois au Plymouth County Correctional Facility, jusqu’à sa libération en février 2025.
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Manywa a raconté que l’ICE lui avait alors dit que, tant qu’il ne violerait aucune loi, on le laisserait tranquille.
Depuis lors, Manywa communiquait fréquemment avec l’ICE par courriel et se présentait au centre de Scarborough tous les quelques mois. Il a affirmé avoir fait tout ce qu’on lui demandait.
Il n’aurait jamais imaginé se retrouver à nouveau à Plymouth.
LEUR PÈRE LEUR MANQUE
Les enfants ne comprennent pas vraiment où se trouve leur père.
Eliana sait qu’il n’est pas là pour lui faire un gros câlin en rentrant du travail ou pour lui lire une histoire avant de dormir. Elle sait qu’il est en prison, mais elle est trop jeune pour comprendre ce que cela signifie, a expliqué sa mère. Elle sait que c’est un endroit où l’on enferme les gens et qu’elle ne peut plus le voir.
Eliana joue à être une étoile de mer en faisant des anges dans la neige imaginaires dans la salle à manger, tandis que son père décrit à sa mère les conditions de sa détention.
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Il souffre d’une sinusite aggravée par la climatisation, dit-il, et il se nourrit uniquement de pain et de lait, incapable de manger autre chose.
Eliana bondit et jette un coup d’œil à travers les rideaux translucides qui flottent au vent pour observer le soleil.
Eliana, 3, looks out of the window at her home in Scarborough on Thursday, August 20, 2026. Eliana was with her father Jonas Manywa when he was taken at the ICE facility in Scarborough earlier this month while there for a routine appointment. (Brianna Soukup/Staff Photographer)
« J’attends le matin », dit-il, car il a du mal à dormir.
Eliana ramasse un avion en papier et le lance à sa sœur.
« J’ai mal au dos », dit-il. « J’ai mal aux côtes. »
Eliana lance une balle jaune à picots à sa sœur.
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« Je suis en train de mourir petit à petit », dit-il.
Ivana, la grande sœur, sait ce qu’est l’ICE. Elle sait que leur présence signifie ne pas aller à l’école et se cacher. Elle sait que son père a été emmené parce qu’ils sont immigrés.
Eliana et Ivana ne jouent plus avec les autres enfants.
Ivana, 6, plays with a paper airplane at her home in Scarborough on Thursday, August 20, 2026. Ivana was with her father Jonas Manywa when he was taken at the ICE facility in Scarborough earlier this month while there for a routine appointment. (Brianna Soukup/Staff Photographer)
Par un après-midi lourd et humide, elles s’amusent ensemble dans la salle à manger. Elles tournoient comme des ballerines ; Ivana avec grâce, tout son poids reposant délicatement sur un pied, l’autre tendu vers l’arrière.
Eliana vacille derrière elle, trébuchant, mais heureuse d’imiter sa grande sœur. Toutes deux adorent la couleur rose et s’entraînent à faire le grand écart sur le sol en vinyle.
Elles demandent sans cesse à embrasser et à serrer leur père dans leurs bras.
« J’avais confiance aux États-Unis », a déclaré Manywa. « Je considérais les États-Unis comme un pays qui respecte les droits de l’homme. »
Mais aujourd’hui, il est assis là, inquiet à l’idée que ses enfants gardent de lui l’image d’un homme menotté.
« Ce n’est pas le pays que je croyais », a-t-il dit.
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Tagged: ICE, immigration, Immigration and Customs Enforcement, public service
Salomé Cloteaux is a community reporter covering Scarborough and Westbrook. She was born in France but lived in Indiana for most of her life before moving to Portland in November 2025. Salomé has a degree. More by Salomé Cloteaux
Dana Richie is a community reporter covering South Portland and Cape Elizabeth. Originally from Atlanta, she fell in love with the landscape and quirks of coastal New England while completing her undergraduate. More by Dana Richie












